Lost Lake

Lost lake

  Le bus la déposa à Seward en fin d’après-midi. Enfin ! Elle avait sauté dedans de justesse le matin même, avant les premières lueurs de l’aube, à la sortie du parc national Denali. Elle s’était réveillée à cinq heures, elle avait douloureusement plié sa tente durcie par le gel, elle avait couru, chargée comme un mulet de tout son équipement de voyage, pendant une demi-heure sur le bord de la route pour en rejoindre le point de départ, et elle avait quand même failli le manquer, n’en trouvant pas l’arrêt dans un des nombreux parkings d’hôtel en bordure du parc. Sept heures après le départ, elle arrivait vannée.

  Le changement d’atmosphère était saisissant : elle était partie, le matin, des étendues de toundra et taïga au nord de l’immense bloc de montagne que forme Denali, majestueux géant enneigé, culminant la chaîne d’Alaska, pointe nord de la Cordillère Américaine, étendues qu’elle avait visitées en absolue solitude, taisant sa frousse de la vie sauvage en ces latitudes, et s’en laissant fasciner ; elle rejoignait cette petite ville de pêche et de tourisme du sud de l’État, nichée dans les Fjords de la péninsule Kenaï, dans un paysage creusé par la force lente des glaciers, à l’extrême nord de l’océan Pacifique. Là-bas, les grizzlys se nourrissaient des rongeurs et des myrtilles qui leur tombaient sous la dent, ici le saumon les engraissait comme il gonflait, tout l’été, la population de la ville de main d’œuvre temporaire, itinérante, voyageant comme elle travaillait, au gré des saisons, des besoins agricoles et des variations de rémunération, d’un État de l’Union au suivant.


  L’offre d’accommodation avait beau être abondante, elle était saturée par ce flot humain. Elle eut la grande chance de rafler le dernier emplacement dans la zone réservée aux campeurs en tente, avant qu’un groupe de jeunes scouts n’arrive, et, bredouille, ne se retrouve contraint à aller s’installer au milieu des camping-cars et des roulottes. Ses voisins n’étaient pas là, mais elle constata, à sa droite, un SUV dont les propriétaires étaient, selon toute évidence, partis faire une excursion à vélo, et à sa gauche pas grand chose, pas assez pour établir avec certitude que l’emplacement était occupé : une bâche négligemment jetée sur la table de picnic, et quelques morceaux de bois récupérés pour le feu, certains à moitié consumés. Elle montait son camp quand son habitant rentra de sa journée. Il vint la saluer.

  Elle le trouva d’emblée très laid. Il devait avoir vingt-cinq ans, son sourire tordu et mi-édenté faisait peur, il était de petite taille mais de stature musclée, et il portait un treillis et une doudoune sans manche à l’imprimé camouflant. Il s’appelait Mike, rien de très original, et se présentait comme un vétéran de l’armée américaine. Elle n’avait pas envie de discuter avec lui, elle trouvait sa présence antipathique, mais ils étaient installés sur des parcelles adjacentes, donc quand il l’invita près de son feu pour le dîner, elle n’eut pas de raison de refuser et s’assit à contre-cœur sur la bûche qu’il lui réservait. Elle se sustentait d’un avocat, d’un peu de saumon séché et d’une barre de céréales aux amandes, ce qui lui avait coûté une fortune mais qui lui suffisait largement et qui avait le mérite immense de ne pas la dégoûter de toute nourriture. Il trouvait que ce n’était pas assez, et il insista pour qu’elle mangeât aussi un peu de sa conserve de nouilles au ketchup réchauffée sur les braises du feu de camp ; elle dut prétexter des troubles d’estomac pour échapper à ce supplice gastronomique. Il lui demandait à tout bout de champ si elle était confortablement assise et si elle avait assez chaud, il faisait le dur, voulait lui prêter sa veste ; elle, trouvait ces prévenances désagréables, elle n’aimait pas qu’il supposât implicitement que, jeune fille, elle était faible et qu’il allait l’aider à surmonter les obstacles matériels de la vie en extérieur, elle aurait aimé qu’il cesse mais elle ne savait pas comment le lui exprimer poliment, donc elle le laissa faire et se contenta de décliner toutes ses propositions une à une.

  Elle faisait de son mieux pour paraître hostile, mais il était plein de ressources et son passé militaire en Afghanistan lui donnait sans cesse de nouveaux prétextes à la conversation. De cette manière, d’un prétexte au suivant, elle apprit qu’il avait échoué à Seward pour se refaire une santé financière en travaillant dans un centre de tri de saumon. Il était arrivé sans un rond, même pas de quoi s’acheter une tente, donc en attendant d’en avoir les moyens, il s’était installé, avec son sac de couchage de l’armée, sous sa bâche ; c’était, disait-il, un peu rudimentaire, surtout par temps de pluie, mais comme il s’était habitué à cette absence de confort il n’était même plus certain d’avoir vraiment besoin d’en acheter une. Il cherchait à l’impressionner par son survivalisme poussé, qualité qu’elle aurait peut-être apprécié en d’autres circonstances, mais qu’elle trouvait repoussante en lui. Bien qu’il ne fût pas méchant, elle avait décidé qu’elle ne l’aimait pas.


  Dans un esprit de conversation, elle lui raconta pourtant ses projets pour le lendemain : elle avait prévu de faire une des nombreuses randonnées des environs, celle de Lost Lake – le lac perdu, qui lui paraissait à sa portée, et dont la description qu’en donnait son guide touristique ne manquait pas de charme. Aussitôt, il s’exclama que c’était une excellente idée, et que, comme le lendemain était son jour de repos, il allait l’accompagner. Elle ne sut quoi répondre à cette imposition, elle n’en était pas contente du tout, mais n’eut pas l’esprit de lui dire qu’elle souhaitait rester seule. Elle alla se coucher dans l’espoir que ce n’était qu’un malentendu, que le lendemain il aurait oublié qu’il s’était promis de randonner avec elle, ou qu’un autre impératif l’arracherait à cet engagement.

  Bien entendu, il n’en fut rien. Quand elle sortit la tête de sa tente le lendemain matin, elle le trouva qui l’attendait, aiguisant son canif avec un petit caillou. Il lui expliqua qu’avec une bonne lame il pouvait tout faire, et en particulier improviser la construction d’un refuge de fortune si la nécessité s’en faisait ressentir ; ainsi, il ne sortait jamais sans. Elle réalisa que, à moins de passer pour une garce ou d’inventer un plan alternatif ou un prétexte bancal, elle ne pourrait échapper à sa compagnie ; par un honteux mélange de lâcheté et d’indécision, elle ne dit rien et le laissa venir avec elle.


  Au cours de la promenade, il lui raconta des histoires invraisemblables. Par esbroufe, il lui rapportait la fois où il s’était fait poursuivre par un ours, lui disant qu’il s’en était sorti de justesse en grimpant au sommet d’un arbre, inspiration salvatrice, puis en attendant patiemment que l’animal se lasse de tourner autour du tronc et d’en gratter le bois. Quand il était redescendu, il avait trouvé une griffe de la bête au pied de l’arbre et il l’avait conservée, comme un talisman, autour du cou. Il avait une interprétation chamaniste de l’épisode, l’amulette avait fini par prendre une importance sacrée dans sa mythologie personnelle, mais il était prêt à la lui prêter pour la journée, voire à la lui donner si elle la voulait. Il n’était pas question qu’elle accepte de porter ce truc, elle trouvait Mike louche – peut-être un effet de sa dentition inégale, et elle ne savait pas ce qu’il voudrait en échange. De toute manière, elle ne croyait pas un traître mot de l’anecdote, il pouvait tout à fait avoir trouvé la griffe en se promenant dans les bois ou sur un marché au puces.

  Les autres randonneurs qu’ils croisaient pensaient qu’ils étaient en couple, elle le voyait bien ; cette idée lui faisait horreur, et ce d’autant plus que ses manières pseudo-chevaleresques prenaient, pensait-elle, un tour préoccupant. Il ne cessait de répéter qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète avec lui parce que, si par hasard elle devait se blesser pendant la randonnée, il serait là pour la secourir, il pourrait la porter sans problème jusqu’au bord de la route, ou lui construire un refuge douillet. La première fois qu’il formula cette perspective, elle se moqua de lui avec une cruauté qu’elle n’essayait plus de dissimuler, mais comme il semblait y penser souvent et comme il exprima cette pensée à plusieurs reprises, le doute lui vint : espérait-il qu’une telle circonstance se présente ? Serait-il capable de la provoquer ? Ce doute s’installa, peu à peu, confortablement ; Mike la troublait, elle se mit à l’observer en détail, à interpréter chacun de ces gestes, chacune de ses phrases, chacun de ses mots. Elle devenait, en ce bel après-midi ensoleillé, paranoïaque. Elle ne connaissait pas ce type, ils étaient seuls dans la nature, et il disait des choses bizarres, qui la mettaient en alarme. Instinctivement et imperceptiblement d’abord, puis de plus en plus consciemment, elle se mit à respecter une distance de sécurité avec lui, à préférer marcher derrière lui pour toujours le tenir à l’œil, et à respirer de soulagement à chaque fois qu’ils croisaient d’autres randonneurs, même si la rencontre ne durait jamais plus de quelques minutes.


  Vers la fin de la randonnée, il finit par remarquer qu’elle avait changé de comportement et il le lui dit. Il ne comprenait pas pourquoi elle était soudainement si âpre et si farouche. Il dût mettre ça sur le compte de sa féminité ou de la distance culturelle qui les séparait. Elle, se fichait bien de ce qu’il pouvait penser, elle se réconfortait dans la certitude que la journée serait bientôt terminée et qu’elle rentrerait vite au camp s’isoler sous la douche puis dans sa tente, et que le lendemain il reprendrait le travail à la première heure, alors qu’elle serait encore endormie. Ensuite elle comptait bien plier bagage, visiter les Fjords en bateau, et partir, en fin de journée, vers un campement au pied d’Exit Glacier, où elle n’aurait aucun risque de le rencontrer à nouveau.

Firmin

Yourte Kirghizstan

   Elle était arrivée à Bishkek en taxi collectif en fin de matinée en compagnie d’Augusto, grand gaillard brésilien en quête de lui-même en Asie Centrale, avec qui elle s’était aventurée, une semaine plus tôt, sur un coup de tête, alors qu’ils n’avaient échangé que quelques mots, à dos de cheval, à ouvrir la piste entre Arslanbob et Karaköl, dans la région de Jamal-Abad, en ce début de saison estivale. Ils étaient ensuite allés, pour lui, se promener au marché aux puces et, pour elle, se renseigner sur les horaires des trains pour Cholpon-Ata le lendemain, et étaient rentrés tous deux bredouilles à l’auberge en milieu d’après-midi. Revenus désormais à la civilisation, tous deux dégageaient des effluves sauvages ; ils avaient dû passer le troisième des cols de leur expédition à pieds et renvoyer les chevaux à Arslanbob avec le cuisinier et son assistant à cause de la neige qui était tombée dans la nuit, portant, avec leur guide, tout l’équipement et les vivres. Par dessus l’odeur des bêtes, dont ils s’étaient inévitablement imprégnés, et par dessus leur normale odeur corporelle qui s’était accumulée de ne pas se faire de toilette dans les neiges glacées des altitudes Kirghizes plusieurs jours de suite, ils avaient sué leur âme en passant le col, en franchissant les étendues de neige fraiche, en traversant les ruisseaux gonflés de la fin du printemps et en redescendant aussi vite qu’ils l’avaient pu vers Karaköl. Malgré cela, plus qu’une douche, ils souhaitaient célébrer leurs aventures autour de la bière qu’ils venaient d’acheter dans un minimarket en chemin.

   La table du patio était déjà occupée par trois hommes buvant de la vodka et roulant un joint lorsqu’elle eut fini de s’installer dans leur chambre. Augusto s’affala, épuisé, sur la banquette libre de toute l’étendue de son corps massif, et elle s’assit sur une chaise en face des trois hommes. Ils écoutaient une chanson d’Otis Redding, et ils lui proposèrent d’emblée de partager leur joint, ce qu’elle n’avait pas spécialement envie de faire, pas à cette heure-là et pas avant d’avoir pu se remettre en état. Ils semblaient bien se connaître, parlaient un mélange de français, d’anglais et de russe et riaient grassement ; en les écoutant elle comprit rapidement que l’un russo-kirghize était guide de montagne, un autre, belge, n’était que de passage, en mission de travail, entre un voyage à Tashkent et une expédition dans le nord de l’Afghanistan, et le dernier, suisse, vivait à Bishkek depuis quelques années pour une banque de développement. Ils se flattaient d’être pure aventure, rivalisant d’épique dans leurs récits de traversées à moto de l’Himalaya Tadjik, des Tiān Shān, ou des terres talibanes. Vint un moment où le Belge, Poum, prétendit se sentir plus en sécurité sur certaines routes d’Afghanistan que dans le métro Parisien, alors, étonnée d’entendre une déclaration aussi grotesque, exprimée de la bouche d’un homme aussi grand, musclé et probablement fort, elle ne put réprimer un rire moqueur.

   Alors, le banquier, Firmin, commença à s’intéresser à elle et à l’inclure dans leur conversation. Il la complimenta sur le vert de ses yeux et l’interrogea indiscrètement sur son histoire de vie et sur ce qui la conduisait là, hors circuit et hors saison, en compagnie d’un brésilien mi-endormi ne parlant pas un mot de français ni, plus utile, de russe. Pourquoi voyageaient-ils ensemble ? Comment s’étaient-ils rencontrés ? Couchaient-ils ensemble ? Que comptait-elle faire ensuite ? Il lui parla d’Ella Maillard, puis lui glissa, au passage, que le lendemain à l’aube il s’embarquait seul pour une chevauchée du pays de nord en sud, vers Osh ; le voyage lui prendrait la journée, il dormirait sur place et rentrerait le surlendemain par le premier avion pour Bishkek. Il lui racontait cela en lui servant un, puis deux, puis trois shots de tequila. Comme il partait seul, il lui dit en plaisantant qu’elle pourrait se joindre à lui, comme elle venait de le faire avec Augusto, et, bien entendu, qu’il l’inviterait. Elle ne répondit pas et, chancelante, choisit ce moment pour s’éclipser et aller se laver de sa crasse.


   Les douches étaient communes, et, dans la communauté des lieux, les WC en partageaient l’espace ; elle ne fut donc pas surprise, mais au contraire embarrassée d’avoir pris autant de temps à sa toilette, quand quelqu’un essaya d’ouvrir la porte pendant  qu’elle se rhabillait. Elle cria à travers la porte qu’elle aurait bientôt terminé et qu’elle libérerait l’espace en deux minutes ; aucun bruit ni aucun mouvement ne se firent entendre en réponse de l’autre côté. Quand elle sortit de la salle de bain, les cheveux propres mais égouttant encore leurs pointes sur sa tunique de voyage, Firmin attendait derrière la porte.

   Il lui attrapa le bras et l’entraîna vers l’intérieur. Il sentait fort l’alcool de la vodka qu’il ingurgitait verre sur verre depuis quelques heures, rythmant chaque nouvelle descente de nasdrovié! retentissants. Il lui dit qu’il allait l’aider ; quelle était sa chambre ? Il rapprochait comme il pouvait son corps d’elle, et trouva la chambre tout seul – c’était celle en face d’eux, la porte grande ouverte, sur le lit de laquelle trônait son sac de voyage, et où elle avait branché, pour les charger, son téléphone et son appareil photo. Elle ne disait rien, ne sachant que faire de cet ivrogne. Puis il la pris dans ses bras, comme une enfant, respira dans ses cheveux, lui chuchota à l’oreille qu’il était déçu de l’avoir ratée sous la douche et qu’elle sentait bon. Il voulait rentrer dans sa chambre, mais elle le repoussait. Il embrassa sa nuque. La situation lui semblait encore sous contrôle, puisqu’au bout du couloir elle entendait les autres glousser fort et continuer de trinquer, donc elle lui dit fermement “non”. Il recula d’un pas, la tenant toujours par les épaules, et il lui demanda pourquoi, si c’était Augusto qui la dérangeait. Elle lui répondit que ça n’avait rien à voir et qu’elle allait rejoindre les autres dehors ; ne sachant quoi dire d’autre, les yeux baissés, elle se libéra de sa prise et ferma la chambre à clef. Elle ignorait ce que les autres savaient de ce qui venait de se passer : ils connaissaient bien Firmin et ils se vantaient tous de vivre d’adrénaline et de testostérone, parfois ils échangeaient quelques mots de russe qu’elle ne comprenait pas, et ils faisaient souvent des allusion à la rareté des aventurières en Asie Centrale depuis qu’une certaine Amandine était partie vivre à San Francisco après avoir fini son livre ; elle fit mine de rien, et, aussi dignement qu’elle en était capable, s’assit à côté d’Augusto, lui tendant la clef pour qu’il aille aussi se doucher.


   Le groupe s’était étoffé de trois jeunes hommes athlétiques. Firmin les embrassa chaleureusement, et les présenta comme une partie des rugbymen de l’équipe Lyonnaise qui créchaient chez lui ce soir. Une dizaine d’autres arriveraient plus tard, puis ils iraient tous dîner. Cette fois-ci elle accepta le joint quand il passa entre ses mains, et elle accepta aussi deux shots de vodka ; bien qu’habituellement elle détestât cet alcool, elle considérait que l’expérience ex-soviétique n’était complète qu’à la vodka et, par un étrange mécanisme, elle parvenait à refouler son dégoût et à en apprécier la convivialité. Quand Augusto revint, il accepta l’invitation du groupe à aller dîner avec eux dans un des clubs de la folle Bishkek nocturne. Elle n’était pas certaine que ce fut une bonne idée, mais l’alternative, sortir dîner seule, n’était guère meilleure ; elle se retrouva ainsi prise dans le tourbillon. Par prudence elle avertit vaguement Augusto de l’épisode de sa sortie de douche, lui demandant de veiller sur elle et peut-être plus encore sur Firmin ; il accepta, bien entendu, mais seulement après avoir gentiment moqué sa paranoïa et ces expatriés célibataires ne sachant plus se comporter correctement avec les filles de l’ouest.

   Firmin la pressa pour qu’elle monte à l’avant de sa luxueuse voiture “de banquier suisse”, tentant ainsi de lui faire miroiter les avantages matériels de sa condition, dans un faux élan d’élégance et de galanterie. Elle, parvint à faire qu’Augusto monte dans la même voiture, à l’arrière, malgré les protestations de Firmin qui devait repasser par chez lui récupérer le reste de sa troupe de sportifs et son fils de quinze ans. Dans la voiture, il devint attentionné, presque mielleux. De temps en temps, en changeant de vitesse, il lui effleurait le genou. Il lui parla à nouveau de ses projets d’aller à Osh en moto le lendemain, lui vantant la beauté des paysages et l’unicité de l’opportunité, et lui proposant à nouveau, cette fois sérieusement et avec insistance, de se joindre à lui. Elle déclina une fois, une autre fois, et encore une fois, puis elle laissa tomber. Elle n’avait pas confiance en ses intentions, et n’avait, de toute façon, pas le temps de perdre deux jours : bien que, dans l’absolu, une telle aventure eut le vif attrait des expéditions non planifiées, elle aurait, selon ses calculs, tout juste le temps d’aller visiter l’est du pays avant son vol de retour vers Paris ; elle n’avait aucun projet de retourner dans le sud une seconde fois pour la seule gratuité du geste.

   Le club était fréquenté exclusivement de locaux. Il consistait en un très grande salle, dans laquelle de longues tables ovales s’organisaient autour d’une estrade où chantaient un homme et une femme d’une trentaine d’années. Entre chaque plat, des groupes de convives allaient danser. Deux tablées, joyeusement ivres, célébraient des anniversaire. Firmin faisait des allers retours entre son plat de plov et la piste ; il avait trouvé une compagne de danse qui l’accompagnait de bon cœur. Quand le reste de la troupe se leva pour aller danser à un tube italien des années 1990, elle les suivit et dansa avec eux. En deux pas de côté et une pirouette titubante Firmin lâcha sa compagne kirghize et l’attrapa par la taille. Elle ne pouvait élégamment se défiler, donc elle joua le jeu, et, dès que la musique cessa, prétexta la fatigue et retourna s’asseoir à sa place.


   Quand vint le moment de régler la note du dîner, entre une et deux heures du matin, elle refusa que qui que ce soit l’invite, et, même si elle n’avait plus touché une goutte d’alcool de tout le dîner pour rester en contrôle de ce qu’il lui restait de ses facultés, elle paya l’intégralité de sa part. Elle reprit sa place dans la voiture, elle n’avait pas le choix, même si elle réalisait qu’avec tout ce qu’il avait bu, Firmin n’était probablement plus en état de conduire depuis longtemps, et Augusto fit de même, roupillant à l’arrière. Pour qu’il reste alerte, elle fit mine de s’intéresser à sa vie de “banquier suisse” à Bishkek. Elle faisait ce qu’elle pouvait pour qu’il arrête de poser sa main sur ses cuisses, sans aucun succès. Il les accompagna à l’auberge et leur demanda de l’attendre, parce qu’il comptait bien prendre un dernier verre avec sa “fripouille de Poum”, le Belge, mais elle, ne souhaitait pas l’encourager, et Augusto, le chaperon, dormait déjà à moitié. Ils filèrent directement se coucher malgré les consignes de Firmin.

   Quand, une demi-heure plus tard, Firmin frappa à leur porte, prétextant chercher Poum. Elle refusa de se montrer et envoya Augusto lui dire que nous ne l’avions pas croisé depuis que nous étions rentrés. Firmin partit et disparut pour la nuit.


   Elle pensait ainsi s’être tirée d’affaire, quand, le lendemain, la tête lourde d’avoir trop bu la veille, le nez dans son café et contemplant ses œufs au plat sans parvenir à déterminer si elle en était dégoutée, l’aubergiste lui apporta une petite note manuscrite de Firmin, lui demandant d’être prête pour l’expédition à moto, sans plus de précisions. Elle prit alors la résolution de partir avant midi, sans donner aucun signe de vie, pour Karaköl, la grande, dans l’est du pays, aux pieds des Tiān Shān, par la première marchroutka qu’elle parviendrait à attraper.

   La fuite.

Sultanahmet

view from Galata Bridge

   Elle atterrit à l’aéroport international d’Istanbul Atatürk de son vol en provenance de Rome Fiumicino à midi sonnantes. Elle n’avait pas eu le temps de terminer le film qu’elle regardait, elle avait mal calculé la durée du vol, et en sortant du terminal elle fut surprise par la fraîcheur de l’air, s’étant habituée à l’étouffement moite de la ville éternelle, prise en tenaille entre le soleil fracassant de ce mois de juillet et les sinuosités du Tibre, à moins que cette moiteur n’ait été que sa transpiration, collante, évaporant chaque goutte de liquide qu’elle ingurgitait dans l’heure. L’air d’Istanbul, tempéré et ventilé par le Bosphore traversant la ville, malgré la pollution qui le viciait, lui permettait enfin de respirer.

   Elle arrivait à Istanbul avec un mélange d’excitation et de crainte. Sa dernière venue remontait à plus de dix ans lorsque, encore adolescente, revenant d’une traversée d’Anatolie avec sa famille, elle s’était fâchée avec tout le monde et s’était aventurée seule dans la ville. Elle se souvenait des splendeurs de Constantinople et de l’Empire Ottoman, des parfums de narguilé à la tombée de la nuit et de la beauté des appels à la prière à toute heure du jour et de la nuit, oui elle se souvenait de toutes ces merveilles, mais elle se souvenait aussi de l’enfer des hommes turcs. Elle se souvenait qu’elle s’était faite suivre dans la ville par un étudiant aux mains baladeuses qui voulait qu’elle le raccompagne dans ses quartiers, puis par un jeune vendeur de souvenirs, dans le petit bazar touristique de l’allée en contrebas de la mosquée bleue, qui, pour acheter sa compagnie plus tard dans la soirée, lui avait offert une montagne de babioles – marque-pages tissés de vues d’Istanbul, pochettes en vieux kilim recyclés, porte-clefs ornés d’yeux d’Allah… Elle qui, à cette époque déjà, portait des habits longs et amples lorsqu’elle voyageait, jamais rien d’ambigu, se souvenait encore plus vivement de ce vendeur de tapis qui avait commencé à la tripoter dès qu’elle avait posé le pied à l’étage supérieur de sa boutique, une des plus prestigieuses de la ville, où elle avait accepté de monter pour voir des tapis de soie, et d’où elle était ressortie presque en courant, bouleversée, insultée à mi-voix par le vendeur déçu, et déshonorée par les ricanements de ses collègues. Elle se souvenait effectivement très vivement de son malaise avec les hommes qu’elle croisait et que seule la compagnie, d’abord de deux touristes belges auxquelles elle s’était attachée dans la soirée, puis, le lendemain, de sa famille avec qui elle s’était réconciliée, se gardant bien de leur raconter ces expériences qui lui faisaient honte, parvenait à dissiper. Cette fois-ci, elle resterait irrémédiablement seule quelques jours dans cette ville, en plein Rāmāzān. S’en tirerait-elle mieux ?


   Elle ne trouva pas son hôtel tout de suite, c’était une bicoque construite à la verticale, entre deux kebab dans le quartier d’Eminönü, à laquelle on accédait par cinq marches raides défoncées. La femme de la réception vérifia trois fois son passeport avant de lui donner une clef et de lui indiquer froidement que sa chambre était la première porte à gauche en montant les escaliers. C’était un cageot à lapin, long de deux mètres et demie et large de deux mètres, qui n’avait pas de fenêtre extérieure mais une fenêtre opaque donnant sur le couloir, sans ventilation, mitoyen du distributeur de sodas et, surtout, qui était en plein passage pour accéder à cet étage et aux étages supérieurs. La chambre avait par contre un placard carré surélevé qui faisait office de douche, salle de bain et toilettes, tout-en-un, en l’espace remarquable de moins d’un mètre carré ; elle pensa avec soulagement qu’elle n’aurait pas à partager sa salle d’eau avec d’autres occupants.

   Comme elle était en déplacement professionnel, ce n’était pas très digne, mais elle avait dû réserver à la dernière minute une chambre économique sur internet pour le week-end, en pleine saison de tourisme, pour faire face à la crise de production que son entreprise rencontrait brutalement. Son collègue Patrick était arrivé à Istanbul deux jours plus tôt pour entamer les négociations avec l’atelier de fabrication et les fournisseurs ; elle le rencontrerait dimanche pour qu’il lui transmette tout ce qui lui serait utile pour prendre le relai, ensuite il rentrerait à Paris et elle aurait pleine autorité sur toutes les questions qui surgiraient. Lundi matin elle quitterait cette chambre pour aller s’installer dans une auberge près des ateliers.

   À l’étroit dans sa piaule, elle sortit se promener dans le quartier. Quand elle rendit sa clef au comptoir, la dame de l’accueil n’était plus là, elle avait été remplacée par un homme d’une trentaine d’années, à l’air plutôt sympathique, gringalet et maladroit. Elle ne put s’empêcher d’apercevoir sur son ordinateur, une fraction de seconde avant qu’il ne fasse disparaître son navigateur de l’écran, qu’il perdait ses heures en se rinçant l’œil sur des sites pornographiques. Elle fit mine de n’avoir rien vu, stratégie qui lui semblait la plus simple pour ne pas embarrasser ce type et pour éviter d’engager une conversation dont elle ne maîtriserait pas l’interprétation potentielle qu’en aurait son interlocuteur, quelle que soit la posture qu’elle pouvait choisir d’adopter – une plaisanterie, ce dont elle était le plus familière, ou un reproche. Au moment où elle franchit la porte il l’attrapa par l’épaule pour lui présenter les services de l’hôtel : petit-déjeuner, room-service continu et massages gratuits. Dès qu’il eût prononcé ces paroles, le regard innocent et l’oeil gauche frétillant en une série de clins d’œil qu’il n’assumait pas, son air sympathique se révéla lubricité déguisée. La pensée qu’il puisse s’imaginer la déshabiller la répugna, elle déclina poliment et sortit sans lui sourire.


   L’après-midi était bien entamé, donc elle freina son envie d’aller flâner au Grand Bazar ou au Bazar Égyptien à la recherche d’objets d’artisanat, de loukoums, de thés à la pomme, d’épices et de fruits secs. Elle se perdit au contraire dans les ruelles du quartier de Fatih. Elle trouva, pour se consoler de ne pas faire ses emplettes dans un des bazars historiques d’Istanbul, un petit marché au puces charmant, ressemblant à tous les marchés aux puces du monde, avec leurs étals d’objets électroniques périmés, de montres cassées, de bijoux en camelote, de chaussures démodées et décollées, d’habits mités, et de toute sorte d’objets qui peuvent trouver collectionneur. Elle y dénicha un couteau suisse d’occasion, pour remplacer celui qu’on lui avait volé lors de son dernier voyage en Asie Centrale, et le vendeur, un vieux petit monsieur souriant recroquevillé sur un tapis, tint à lui offrir aussi un petit miroir orné sans valeur. Puis elle chercha un restaurant où se mettre quelque chose sous la dent, et, la nuit tombant, rentra finalement à l’auberge.


   Le type tenait toujours l’accueil quand elle arriva. En lui rendant les clefs, il lui demanda si elle souhaitait prendre un petit-déjeuner le lendemain ; elle accepta sans y réfléchir et monta se reposer. Alors qu’elle sortait de sa douche, empêtrée dans les tuyaux, en équilibre entre le lavabo minuscule et la cuvette des toilettes qui prenait l’essentiel de la place du placard, et évitant comme elle pouvait d’inonder sa chambre, on frappa à sa porte, ce qui la contraignit à se rhabiller hâtivement, non qu’elle eut compté rester longtemps en serviette, n’étant pas tout à fait assurée qu’on ne puisse vraiment rien voir à travers la vitre opaque de sa fenêtre quand la lumière était allumée. Encore mouillée mais en pyjama et les cheveux enturbannés dans sa serviette, elle entrouvrit la porte derrière laquelle l’attendait impatiemment l’aubergiste. Elle ne savait pas ce qu’il pouvait lui vouloir, mais ça avait l’air urgent. Il lui demanda si tout allait comme elle le souhaitait et s’il ne lui manquait rien ; cet empressement lui rappela celui des serveurs de restaurant aux États-Unis, qui viennent interrompre le repas à intervalles réguliers pour vous demander si tout est à votre convenance, courant après le pourboire, et ne réalisant pas qu’un bon service devrait se rendre invisible quand il n’est pas requis. Agacée de l’irruption dans le calme de sa soirée pour un tel prétexte, elle répondit qu’elle n’avait aucun besoin et qu’elle pensait maintenant aller dormir parce qu’elle était fatiguée de son voyage et de ses déambulations de l’après-midi. Il jeta un coup d’œil rapide à l’intérieur, et lui dit qu’on lui avait donné la plus petite chambre de l’hôtel, mais qu’il pouvait éventuellement la lui changer pour celle au bout du couloir, petite aussi, mais plus tranquille ; il lui proposa d’aller voir, ce qu’elle accepta – dans le meilleur des cas elle dormirait ce soir dans une vraie chambre d’hotel, bien qu’elle n’en ressentît finalement plus tellement le besoin, puisque, déjà installée, elle avait déjà de l’eau pour se laver et un matelas où se coucher, et c’était tout ce qu’il lui fallait pour les deux nuits qu’elle comptait rester là. Il sentait la cocotte à l’en indisposer, et quand elle pencha sa tête dans l’embrasure de la porte il commença à lui parler de massage, lui faisant remarquer en les tâtant que ses épaules étaient un peu raides, et lui proposant de s’allonger pour qu’il se mette au travail tout de suite. Il explicitait ainsi que la nouvelle chambre aurait son prix. Elle se retourna interloquée et prétexta devoir téléphoner à la maison pour le planter dans le couloir et rentrer s’enfermer dans sa chambre.


   Le lendemain matin, il l’attendait en bas. Une minuscule table et un tabouret bancal avaient été ajoutés au mobilier rudimentaire du vestibule d’entrée. Il lui indiqua de s’asseoir, ce qu’elle fit le plus froidement et la plus dignement possible, puis il sortit de l’auberge quelques minutes. Les autres locataires allaient et venaient, et elle se sentait un encombrement dans cet espace étriqué. Aussi, elle ne savait plus si ce service de petit-déjeuner était réellement proposé par l’auberge, ou s’il était une faveur que l’aubergiste lui réservait, mais elle se résolut à ne pas élucider la question, préférant l’ignorance de sa situation à l’inconfort d’une conversation dont il se tirerait, de toute manière, avec quelques pirouettes rhétoriques maladroites auxquelles il avait certainement l’habitude de soumettre sa clientèle. Par politesse et parce qu’en acceptant de petit-déjeuner, la veille, elle s’y était engagée, elle attendit donc qu’il revienne avec une tasse d’eau chaude et un sachet de nescafé au lait et sucre, déperdition culturelle des turcs qui servent pourtant un des meilleurs cafés du monde, puis son empressement lui apporta aussi une assiette de fromage, sec comme s’il aurait dû être mangé trois jours plus tôt, et deux tranches de saucisse, amalgame de viande qui paraissait artificielle. Elle avala ce triste repas aussi vite que possible et sans broncher, le remercia, et sortit.

   Malheureusement pour elle, les Bazars d’Istanbul étaient fermés le dimanche. Elle mit du temps à comprendre, après des tours et des détours dans les sinuosités de la ville, que si elle ne trouvait pas d’entrée au Grand Bazar, c’était simplement parce que les portes en étaient closes. À vrai dire, elle ne le comprit pas d’elle-même. Un très beau garçon de son âge, remarquant ses allées et venues perdues, lui proposa de l’aider et lui apprit que sa quête était futile. Il lui proposa de venir voir sa marchandise dans sa boutique qui dépendait d’une échoppe du bazar, ce qu’elle commença d’abord par refuser, puisqu’il vendait des châles et étoffes, qu’elle en avait déjà plein les tiroirs à Paris, et qu’elle en avait tellement offerts aux anniversaires et noëls des dernières années que ses proches ne voulaient plus en entendre parler ; mais elle n’avait plus grand chose à faire, sa mission de la journée étant tombée à l’eau, il était avenant, et il lui promit de lui apprendre de nouvelles façons de nouer une écharpe, conseils stylistiques qu’elle était toujours heureuse de recevoir.

   Elle n’avait pas dû tout comprendre de la proposition de ce jeune homme car elle se croyait engagée dans un échange banalement commercial, mais elle s’était encore laissée tromper. Après qu’il lui eût entortillé une pashmina tout à fait ordinaire autour du cou, il la retourna aussi sournoisement que brutalement et la plaqua contre le mur tout en se frottant frénétiquement contre ses fesses. Elle aurait aimé éclater dans un rire humiliant sa virilité, mais dans le terrible embarras de sa situation et dans l’appréhension du moment, elle lui dit simplement qu’elle pensait que c’était assez et qu’elle avait envie de partir. Comme la boutique donnait sur une cour dans laquelle des touristes s’étaient engagées, pour éviter l’esclandre il la laissa se défaire de sa prise, lui rendre l’écharpe de démonstration et sortir sans fracas. L’incident l’avait troublée, mais elle ne souhaitait pas rentrer à l’auberge, elle s’assit à la table d’un bar, commanda un café turc et deux loukoums, s’apaisa et se résolut à visiter tous les lieux saints, et rien que les lieux saints, de Sultanahmet, sans adresser la parole au moindre homme, les femmes ne lui parlant de toute façon pas.


   À la fin de l’après-midi elle se rendit au rendez-vous avec Patrick, près du palais Topkapı ; il avait réservé une table à la terrasse d’un restaurant du quartier, mais il était en retard. Elle s’assit et sortit son carnet pour prendre quelques notes sur sa journée, mais les serveurs, ne comprenant pas son subtil message, venaient l’interrompre sans cesse, rarement pour prendre commande, souvent pour lui glisser quelque plaisanterie ou quelque flatterie, jusqu’à ce que Patrick arrive finalement. C’était un homme de trente ans son aîné, mi-chauve, rondouillard et luisant. Il avait le teint gris et l’air grincheux, mais sans doute les serveurs du restaurant pensèrent-ils que Patrick et elle-même étaient bien assortis, puisqu’à partir de ce moment-là leur ton changea. Ils ne s’adressaient plus à elle sur le ton léger du flirt, mais à lui avec révérence et respect. À la fin de repas ils osèrent cependant une plaisanterie sur l’ascendant qu’elle aurait eu sur lui, elle aurait été la véritable maîtresse de leur relation. Patrick semblait très heureux du malentendu et s’y complaisait, elle, se lava de ces remarques, malgré la révolte intérieure qu’elles lui inspiraient.

   Il insista pour la raccompagner à la porte de son auberge, ce qu’elle accepta cependant volontiers ; le malentendu était fâcheux et désagréable, mais il exerçait aussi un charme protecteur sur elle, les hommes ne l’interpellaient plus, ne la plaisantaient plus, ne la regardaient plus, elle était libérée de l’oppression suffocante qu’ils exerçaient sur son droit de fréquenter l’espace public. Et l’espace privé aussi, parce que ce malentendu malheureux, qui lui faisait grincer des dents, qui la dégoûtait à lui en retourner l’estomac, eut aussi un puissant effet sur l’aubergiste lorsqu’elle arriva à destination. Son comportement était désormais déférencieux, ses égards professionnels, son attention  simplement polie. Elle salua rapidement Patrick et monta dans sa chambre finir la soirée et écouter de la musique à plein volume, soulagée de quitter Sultanahmet le lendemain à la première heure pour le quartier sérieux, ouvrier, des ateliers de Zeitinburnu.